Traduire à vélo

Photo © Dallas Kwok via Unsplash

 

Par Jonathan Hine

Traduit de l’anglais par Christine Cross.

Cet article a initialement été publié dans la revue Traduire, une publication de la SFT (juin 2016). Il est reproduit avec l’autorisation de l’auteur et de la traductrice.

Il était à vélo, seul aspect positif de la situation dans laquelle il se trouvait. La route côtière glissante montait, descendait, contournait l’un après l’autre les promontoires ; le vent et la pluie lui arrivant tantôt de front, tantôt de côté, l’éloignaient de sa trajectoire. En dépit de la pluie battante et glaciale qui ruisselait sur sa veste Arc’teryx, détrempant l’entrejambe de sa combinaison avant de couler jusqu’à ses chevilles, il pédalait inlassablement, tour de roue après tour de roue. Au sommet de la colline, il se hissa à la hauteur de sa compagne de route et adapta sa cadence à la sienne. Elle faisait grise mine. La pluie dégoulinait le long de son nez. Il savait bien qu’elle était tout aussi trempée que lui.

« On s’amuse bien maintenant, pas vrai ? », lui lança-t-il en guise de boutade.

Elle le fusilla du regard.

« T’appelles ça s’amuser ?

– On n’est pas obligé de rire à gorge déployée pour s’amuser, rétorqua-t-il. Je préfère quand même être ici, en train de me battre pour avancer sur cette route côtière, qu’à l’arrêt sur l’autoroute à attendre que les secours aient déblayé la chaussée suite à un accident un peu plus loin. »

Son visage s’illumina. Elle leva un regard rapide sur lui et sourit. Ils dévalèrent la colline jusqu’au village en contrebas où ils allaient passer la nuit. Le temps d’accéder à leur chambre, de faire un brin de toilette puis de se rhabiller, l’orage s’était éloigné. Le soleil se couchait sur la mer Tyrrhénienne lorsqu’ils sortirent dîner dans une trattoria. Comme d’habitude après un fort orage estival, l’air était à la fois frais et chaud. Des moineaux et des hirondelles émergeaient de l’avant-toit des maisons du village en quête des insectes qui fourmillent au coucher du soleil.

À l’image de tant d’autres villages du littoral italien, celui-ci regorgeait de touristes. Ils trouvèrent un restaurant davantage fréquenté que les autres par la population italienne, mais, à mi-repas, un musicien ambulant fit son entrée, attiré comme un aimant par la clientèle étrangère. Le couple interrompit sa conversation et échangea un sourire lorsque le musicien s’arrêta à leur table pour leur chanter quelques vers. Tout cela faisait partie de l’ambiance de la maison, même si la voix tendue du chanteur semblait moins épater le cycliste que les Américains, de l’État du Michigan, de la table voisine. Après une coda tellement longue qu’elle aurait pu encercler sa panse impressionnante, le chanteur s’éclipsa en tirant sa révérence. L’homme et la femme reprirent leur face-à-face, échangeant un regard, leurs visages éclairés par la lumière de la bougie posée sur la table.

« Si je comprends bien, tu n’as pas encore fixé de terme à ce voyage, dit-elle en prenant une mèche de ses cheveux châtains et la roulant dans ses doigts avant de la coincer derrière son oreille. Tu es parti depuis plus de deux ans déjà. Tu n’as pas encore trouvé de chez-toi ?

– Oui et non, répondit-il. Je ne sais pas trop. Je me sens toujours chez moi là où je suis, et là où je vais ensuite.

– Ça n’a pas de sens. Ton chez-toi devrait être l’endroit d’où tu viens, où tu comptes retourner un jour.

– Et qui aurait décrété ça ? »

Il saisit la carafe posée sur la table et versa de l’eau dans leurs deux verres.

« Moi, comme tout le monde.

– Ce n’est pas mon avis, donc “tout le monde”, c’est beaucoup dire, lui sourit-il.

– D’accord, tête de mule, mais tu viens d’où au juste ? C’est là que tu devrais te sentir chez toi.

– Je pourrais nommer quatre ou cinq endroits différents où je me sens chez moi à divers titres. »

Il avala une gorgée de vin. Elle remarqua que, contrairement à la plupart des hommes, il continuait de la dévisager tout en parlant, son regard ne quittant jamais le sien.

« Et toi, tu viens d’où ?

– Tu le sais bien. De Minneapolis.

– Mais ça, c’est un lieu précis, dit-il.

– Bien sûr. C’est toujours dans un endroit précis que l’on se sent chez soi.

– Si je dois absolument citer un endroit, alors mon chez-moi pourrait être l’endroit où je suis né, où j’ai grandi, où j’ai fait mes études, dont j’ai les meilleurs souvenirs, où j’ai passé l’essentiel de mon existence jusqu’ici, n’est-ce pas ?

– Tout à fait, dit-elle. Donc, quel est cet endroit ?

– Chacun de ces endroits a une signification différente à mes yeux : Norfolk, Rome, Annapolis, Honolulu ou Charlottesville.

– Et où comptes-tu retourner ? Et pourquoi ?

– Là où j’en aurai envie le moment venu. Minneapolis peut-être. »

Elle sourit tout en détournant son regard. Un groupe de personnes installé à l’autre bout de la salle venait de se mettre à chantonner tant bien que mal « Joyeux anniversaire » en français, accompagné du chanteur et de sa guitare. Les garçons de café sortaient de la cuisine portant des plateaux de porchetta, bucatini alla romana, carciofi alla Giudecca, ou des desserts destinés aux convives de la première heure.

Lorsqu’elle se retourna, elle vit qu’il la regardait encore.

« Et si être chez soi ne tenait justement qu’à une sensation ? »

Il se pencha vers elle, tellement proche de la bougie qu’en baissant la tête, ses cheveux cendrés auraient pu prendre feu. Puis il ajouta :

« Tu n’arrives pas à comprendre que je puisse me sentir chez moi dans plein d’endroits différents ?

– Bien sûr, mais tu n’as vraiment pas de point d’attache ?

– Si, peut-être même plusieurs. J’ai mon nouveau pied-à-terre ici en Italie et une maison en Virginie. Cela ne te suffit pas ?

– Et tu pourrais t’installer définitivement dans l’un ou l’autre ?

– Vraisemblablement. Mais je préférerais trouver un autre point de chute une fois que j’aurai vu tous les endroits que je ne connais pas encore. La côte ouest des États-Unis, par exemple. Ce serait un coin où il ne neige pas l’hiver, je pense.

– Mais tu as passé les trois derniers hivers sur ta selle, s’exclama-t-elle, un léger sourire aux lèvres. Pourquoi t’arrêter ? »

Ils éclatèrent tous deux de rire.

« Être chez soi, ça fait quoi ? demanda-t-elle.

– J’sais pas vraiment. La sensation que m’inspire un endroit dépend bien plus des personnes que j’y rencontre que de son confort matériel. Je me sens chez moi partout où j’ai le sentiment d’être accepté, respecté et aimé, où les autochtones me réservent un accueil bienveillant. Vu sous cet angle, je me sens chez moi presque partout.

– Mais les gens peuvent te donner cette impression sans que ce soit réciproque. Tu resteras quand même un intrus, un étranger parmi eux.

– Exact. Ajoutons donc que je me sens bien là où j’ai le sentiment que les habitants apprécient ma présence et accueillent favorablement ma participation à la vie locale. Je sais bien que pour des raisons liées à la citoyenneté, aux États-nations et aux incontournables différences culturelles, j’aurai toujours le statut d’americano ici et que, dans d’autres coins, les vieilles familles me qualifieront toujours de “ nouveau venu ”, puisque nous n’aurons pas fait nos études ensemble. Cela ne me dérange pas, car j’ai toujours mon rôle à jouer dans la société et sur la scène locale. Ainsi, je peux apporter ma pierre à l’édifice et être accepté. »

Pendant un moment, elle le dévisagea sans mot dire. Puis elle se cala au fond de sa chaise.

« Tu ne te poseras jamais, n’est-ce pas ?

– Probablement pas, avoua-t-il. Il faut savoir que je ne suis jamais resté suffisamment longtemps dans un endroit pour m’y enraciner. Alors, comme un bromélia, je dois puiser mes ressources dans l’air qui m’entoure. Je plante des racines uniquement dans la mesure où cela me permet de maîtriser suffisamment le terrain.

– C’est pour cela que tu n’es pas un touriste. Tu es partout chez toi, sans jamais rentrer à la maison.

– Dans un sens…

– Et tu comptes arrêter un jour de voyager constamment à vélo ?

– Bien sûr. Je ne pourrai pas continuer comme cela ad vitam æternam. Un jour, je ne pourrai plus enfourcher ma bécane. »

Il se pencha en arrière et écarta les mains.

« Alors je resterai chez moi, quel que soit l’endroit choisi.

– J’ai du mal à le croire. Je pense que tu trouveras un endroit où te reposer entre deux voyages. Un endroit où tu auras envie de revenir.

– Comme toi ?

– En un sens… »

Il sourit et fit signe à un serveur deux tables plus loin, traçant en l’air un trait imaginaire pour demander l’addition.

La note payée, ils quittèrent le restaurant et se dirigèrent vers le lungomare. Il acheta un œillet à une vendeuse ambulante pour l’offrir à sa compagne.

« Et je le mettrai où ?

– Tu trouveras un vase ou un verre lorsque nous serons rentrés à la maison.

– Tu veux dire à la maison d’hôtes ?

– Notre petit nid douillet, » ironisa-t-il.

Le lendemain, le soleil était haut dans le ciel ; le vent soufflait encore, mais le fond de l’air était chaud et sec. Il était parvenu, en milieu de matinée, à trouver un rythme de croisière, tout en profitant de l’instant : il pouvait regarder le paysage, écouter le vent et le chant des oiseaux, humer le parfum des arbres et l’odeur des détritus de la plage, tout en adaptant son rythme à celui de sa compagne. Ils pique-niquèrent dans un parc en bord de route avant de poursuivre leur remontée du littoral.

Cela faisait presque trois ans qu’il vivait ainsi, sur la route ; plus encore si l’on comptait les circuits qu’il avait effectués en 2012 et 2013. Il repensa à ces mots qu’il avait écrits un peu plus d’un an auparavant : « Sur le plan sentimental, le plus grand inconvénient de la vie d’un travailleur nomade tient à l’impossibilité de créer de nouvelles relations intimes, puisque l’on doit constamment repartir. Bien sûr, si je retourne dans des lieux où j’ai déjà séjourné, je peux entretenir, voire faire évoluer, des relations nouées sur place et nourries par des correspondances. Mais je ne suis jamais revenu sur mes pas, du moins pas jusqu’à ce jour. Et aucun de mes nouveaux amis n’a choisi d’enfourcher son vélo pour me tenir compagnie, même s’ils auraient très bien pu le faire. »

Mais il n’était plus toujours tout seul. Ne serait-ce qu’en été, elle l’accompagnait pendant quelques mois. Jusqu’à l’année dernière ils avaient évolué à vélo chacun de leur côté, avant de découvrir que pédaler en binôme était bien plus sympathique que de pédaler en solo. S’il attendait désormais l’été avec impatience, c’était bien plus pour ces moments partagés avec elle qu’en raison du beau temps et des longues journées ensoleillées.

En pédalant, il réfléchissait à la question qu’elle, et tant d’autres, lui avait posée : « Pendant combien de temps penses-tu pouvoir continuer ainsi ? ». Il n’avait jamais su quoi répondre.

La route côtière était toujours aussi sinueuse. Le vent, d’abord de côté, arrivait maintenant de face. Il rétrograda d’un braquet et, augmentant sa cadence, vint s’abriter derrière elle à deux bons mètres de distance. Une fois dans son sillage, il repassa au braquet supérieur et cala de nouveau son rythme sur le sien.

Il était parfaitement conscient du fait qu’il ne pourrait pas vivre sur son vélo à tout jamais. Mais à moins d’être contraint à l’abandon par un accident ou une maladie subite, comment saurait-il que le moment était venu de mettre fin à ses pérégrinations ? Le saurait-il seulement un jour ? La décision se prendrait-elle subitement, ou petit à petit ?

En arrivant en haut d’un promontoire, elle ralentit puis s’arrêta. En contrebas, la plage dessinait un trait rose blanchâtre entre la noirceur de la forêt et celle de la mer, le soleil à moitié couché jetant ses rayons dans l’eau et sur le sable.

« Une photo ? », suggéra-t-il, en descendant de son vélo.

Elle hocha la tête, le sourire aux lèvres.

« Je tiens les vélos », dit-il en saisissant le tube horizontal de sa bécane.

Elle prit l’appareil photo dans le panier et s’avança vers le bord de la falaise. Il la suivait du regard depuis l’autre côté de la route. Elle oscillait d’avant en arrière pour trouver la bonne perspective et choisir son angle. Il reprit ses cogitations.

Il disposait effectivement de deux résidences qui lui servaient de base, l’une en Italie, l’autre en Virginie. Pour l’instant, il les utilisait toutes deux essentiellement pour stocker ce dont il n’avait pas besoin lors de ses pérégrinations cyclistes. En profitant des tarifs de basse saison et en réservant bien à l’avance, il pouvait relier les deux en avion pour une somme modique, à peu près équivalente au prix de la traversée des États-Unis en voiture, en avion ou en train. Peut-être en viendrait-il à rester tout simplement plus longtemps dans chacun de ces deux endroits et à passer moins de temps en selle ? Il prévoyait déjà d’en choisir un où se réfugier un jour et se consacrer à son œuvre d’écrivain.

Mais avant de ralentir le rythme, il lui restait de grandes routes à parcourir : la Route 66 et le Katy Trail aux États-Unis, les Véloroutes européennes 5 et 7 (voire d’autres), et la Route 395 américaine. Il voulait également faire le tour de la Sardaigne à vélo.

Elle revint vers lui et rangea son matériel photo.

« Prêt ? lui lança-t-elle.

– Oui. À ce rythme, dans une heure nous serons chez Stefania. »

Les nuitées chez des amis et collègues faisaient partie des temps forts qui jalonnaient le parcours soigneusement concocté pour leur balade estivale.

Il enclencha son plus gros braquet et dévala la colline, savourant la sensation de vitesse et le vide de la route qui s’ouvrait devant lui. Elle fut moins aventureuse mais le rejoignit rapidement pour entamer la section plate le long de la plage. Un kilomètre plus loin, elle repassa devant et il lui suçait à nouveau la roue. « Eurêka », pensa-t-il.

« J’ai trouvé ! cria-t-il, en pédalant fort pour se hisser à sa hauteur.

– Quoi ?

– La réponse à la question d’hier soir. Quand je saurai que l’heure est venue de m’arrêter et de me poser définitivement. »

Elle regardait fixement devant elle :

« Et donc ?

– J’ai repensé à ce que l’amiral Gerry Miller avait l’habitude de dire à ses capitaines de navire lorsqu’ils s’engageaient dans la 6e flotte américaine : “Si le plaisir n’est pas au rendez-vous, c’est que vous vous êtes égarés.”

– J’ai du mal à croire que le jour viendra où tu n’auras plus envie de pédaler.

– Soit. Mais ma façon de faire pourra évoluer. Je vais peut-être prolonger la durée de mes escales. Et un jour, je réaliserai que, ça y est, je me suis enfin posé. Tant que j’y prends du plaisir, c’est que je ne me suis pas encore égaré.

– Mais tu ne sais toujours pas quand.

– Non, aucune idée, avoua-t-il, mais je sais que ce sera formidable. »

***

Ceux et celles qui suivent mon blog sur la vie d’un traducteur cycliste nomade (The Freewheeling Freelancer) sauront que j’ai quitté Charlottesville, en Virginie, en août 2013, et que je vis depuis « en selle ». La traduction fait partie de ces métiers compatibles avec une vie nomade.

Ce style de vie, qui peut parfois faire rêver, ne convient cependant pas à tout le monde. Une planification minutieuse et un fort engagement sont de rigueur. J’ai passé deux ans à me préparer avant de me lancer dans cette aventure. Voici, dans le désordre, quelques réflexions à ce sujet.

Cyclotourisme vs travail nomade

Le cyclotourisme, c’est avant tout voyager et découvrir des paysages. Pour un travailleur itinérant, l’enjeu est de coordonner déplacements et temps de travail. Le récit imaginaire qui précède témoigne assez fidèlement de la vie que je mène lors de mes différents périples cyclistes. Quand je voyage en solitaire, il me faut trouver un juste équilibre entre voyage et travail. J’essaie d’arriver là où je vais dormir bien avant la tombée de la nuit pour pouvoir me ménager des plages de travail et de bonnes nuits de sommeil. L’hiver, je troque la toile de tente contre de petites auberges et des chambres d’hôtes dont les prix sont plus abordables en basse saison. J’apprécie les auberges, car je peux souvent faire ma propre cuisine. Je mange assez souvent à l’extérieur comme cela ! Le coût de ces hébergements est grosso modo du même ordre, voire plus avantageux, que le loyer d’un appartement digne de ce nom dans une grande ville.

Lorsque je roule en solitaire, je ne fais de cyclotourisme que pendant mon temps libre, par exemple pour faire un crochet à Ravenne pendant le week-end et aller voir les mosaïques, à l’instar de ceux qui travaillent à domicile et qui se rendent chez des amis ou partent en promenade.

Vacances

Il faut savoir que je n’avais pris de vraies vacances que trois fois dans ma vie d’adulte avant que mon ordinateur ne me lâche dans un coin perdu de la Gaspésie pendant l’été 2014. Je n’ai plus eu accès à internet pendant huit longues semaines, ce qui m’a permis de découvrir ce que sont de véritables vacances. Depuis deux étés, j’ai compris qu’il m’est impossible de partir en tournée à vélo accompagné d’un(e) ami(e) et de travailler en même temps. Mais je me suis également rendu compte que, pédalant en solitaire, je gagne suffisamment bien ma vie pour pouvoir fermer boutique quand je pars en cyclotouriste. Je gère désormais mon budget annuel de manière à pouvoir prendre des vacances en été, comme n’importe quel autre travailleur. Je préviens mes clients de mon absence, du moins ceux qui affichent sur leur site web un calendrier de disponibilités à remplir. Je programme une réponse automatique sur ma messagerie électronique et mon téléphone. Le reste de l’année, il n’y a entre ma clientèle et moi que la distance qui me sépare du téléphone portable accroché au guidon.

Relations avec les clients

Pour l’essentiel, mes clients sont des prestataires de services linguistiques. Savoir où je me trouve physiquement ne les intéresse pas, à partir du moment où j’accepte leurs propositions de travail et respecte les délais de livraison. Il ne me reste qu’à adapter mes déplacements en conséquence. J’ai établi, avec mes quelques clients directs, des liens tellement proches que notre collaboration tient presque du travail d’équipe. Et certains des prestataires de services linguistiques qui me connaissent me suivent par l’intermédiaire de mon blog ou via Facebook, mais à titre personnel et non pas professionnel. D’aucuns sont ravis pour moi, voire envieux, mais jusqu’ici personne n’a trouvé à y redire. Je mets un point d’honneur à rendre visite à mes clients lorsque je suis de passage dans leur ville (ce que je fais depuis plus de 20 ans déjà), et je les retrouve également lors des conférences de traducteurs. Ils sont nombreux désormais à compter parmi mes amis.

Grâce aux médias modernes, je parviens même à élargir mon portefeuille de clients. Mon profil professionnel figurant sur le répertoire de traducteurs et d’interprètes de l’Association américaine des traducteurs (ATA) est de loin ma première source de nouveaux clients, suivi de près par des contacts noués via des consœurs ou confrères. Je suis également présent sur LinkedIn et Facebook (plutôt à titre personnel) et je dois avouer que le réseautage m’a valu quelques missions intéressantes, dont le livre sur lequel je travaille à l’heure actuelle.

Communication

Le style de vie que j’ai choisi est bien adapté au XXIe siècle. C’est grâce au smartphone accroché au guidon et à l’ordinateur portable performant rangé dans ma sacoche que je peux me le permettre. Avant d’acheter mon premier smartphone en 2014, je m’arrangeais pour m’arrêter aux bornes Wi-Fi, nombreuses en Amérique du Nord, qui jalonnaient mon chemin. Ce système fonctionne toujours et, dans la mesure du possible, je choisis des hébergements disposant de connexions Wi-Fi, campings compris. Le smartphone peut servir de borne Wi-Fi, et j’ai un forfait mensuel qui me donne accès à ces fonctionnalités. J’ai recours à Skype pour appeler les postes fixes ainsi que d’autres utilisateurs Skype à travers le monde, et pour consulter la messagerie de ma ligne téléphonique professionnelle en Virginie.

Courrier et point d’attache italien

Mon fils, qui habite aux États-Unis, me sert de boîte aux lettres. Il reçoit, trie et me fait parvenir mon courrier personnel et professionnel. J’arrive même à passer des commandes par internet, en me faisant livrer chez un ami ou à l’hôtel. Pour ce qui est de mon statut lorsque je suis en Europe, j’ai loué un petit appartement en Italie, ce qui me permet d’obtenir tous les visas nécessaires à mes périples européens. Cet appartement me sert également de lieu de stockage et d’adresse postale.

Missions d’interprétation et de formation

L’essentiel de mon travail consiste à effectuer des traductions et des relectures. Il m’arrive toutefois de me voir confier des missions ponctuelles d’interprétation, de conseil ou de formation sur le terrain. J’ai donc mis en place un système, que j’ai testé en Amérique du Nord et qui a donné de bons résultats. Lorsque je reçois une demande de ce type, je prépare un devis en ajoutant le prix de mon déplacement aller-retour de l’endroit où je me trouve à ce moment-là. Le client devant, en tout état de cause, me rembourser un aller-retour entre mon lieu de travail et le lieu de la prestation, personne ne s’en étonne. Quand je suis en Europe, le problème ne se pose pas très souvent, car mes quelques clients locaux n’ont pas ce genre de besoin et je dois, de toute façon, me conformer aux règles en vigueur dans l’Union européenne quant à l’emploi de ressortissants non européens.

Délais

Les délais sont bien plus faciles à gérer que lorsque je travaillais à domicile. Je dispose librement de mon temps, puisqu’il n’y a plus de réunions hebdomadaires, d’obligations personnelles, d’ennuis de santé familiale à gérer, de répétitions de chorale, etc. Je suis ainsi à même d’accepter des propositions de travail sans m’inquiéter des échéances, que je sais pouvoir honorer. Certes, je ne suis pas à l’abri d’un accident ou d’un ennui de santé, mais je ne l’étais pas non plus lorsque j’habitais Charlottesville.

Gros projets

La traduction d’un livre (chose que j’ai faite à trois reprises au cours de mes périples à vélo) impose un rythme de travail différent de celui exigé par les projets urgents, qui ont constitué l’essentiel de mon gagne-pain pendant de longues années. D’une part, je peux, sur la route, réaliser un certain volume de travail chaque jour, ce qui me permet de fixer mes échéances de livraison. D’autre part, je peux choisir de rester au même endroit pendant quelques jours, voire une semaine, pour boucler un travail avant de repartir vers d’autres aventures. Il arrive que le client oublie un élément important et souhaite avancer la date butoir. Et parfois, c’est moi qui choisis de boucler d’un seul trait la traduction d’un roman ou d’un mémoire. Il m’arrive également de livrer avant terme pour pouvoir reprendre la route en toute liberté la semaine suivante. Quelle que soit la configuration, j’ai constaté que ce que je gagne au cours de ces « escales » suffit largement à couvrir mes factures d’hébergement et de restauration.

Rendement et aspects budgétaires

Force est de constater que les volumes de travail que je peux abattre « sur la route » sont moins importants qu’à l’époque où je travaillais à domicile. À mon grand étonnement, cependant, j’ai vite compris que je n’avais pas besoin de brasser de tels volumes !

  • Dépenses : avec ce mode de vie, je n’ai pratiquement pas de frais généraux et les ressources dont je dispose me suffisent amplement. Je n’ai plus de voiture (donc plus d’assurances ni de taxes), plus de prêt hypothécaire à rembourser, plus d’entretien de maison ni d’impôts locaux. Et je n’ai pas la fièvre acheteuse, sachant que je dois trimbaler toutes mes affaires avec moi !
  • Revenus : avant de me lancer dans cette aventure, j’étais très souvent dans l’obligation de refuser du travail, constat encore valable aujourd’hui. Puisque je savais que je pouvais compter sur ma clientèle établie, il me suffisait de calculer les volumes de travail que je devrais abattre lorsque je serais sur la route pour joindre les deux bouts. J’ai vérifié cette hypothèse pendant le dernier trimestre de l’exercice 2013 en rangeant toutes mes cartes de crédit personnelles et en vivant exclusivement de mes revenus de traducteur. L’essai a été concluant !
  • Charge de travail : depuis mon départ, j’ai choisi de diviser mon rythme de travail quotidien par deux pour calculer les délais de livraison. Je suis très satisfait du résultat : je gagne certes moins, mais mes besoins ne sont plus les mêmes non plus, comme je l’ai expliqué. Si l’on me propose une mission intéressante, je peux toujours interrompre mon périple, boucler le dossier, puis repartir.
  • Avertissement : ce qui vaut pour moi ne vaudra pas forcément pour tout le monde. Cela fait presque 55 ans que j’exerce le métier de traducteur. J’ai mis un certain temps à construire ma clientèle et à engranger les connaissances que je peux faire valoir aujourd’hui dans mes domaines de spécialisation. Celles et ceux d’entre vous qui souhaiteraient partir plus souvent en voyage mais qui ne peuvent se permettre le luxe de cesser leur activité professionnelle pourraient s’inspirer de mon expérience. Cependant, il vous faudra bien vous préparer à tous points de vue. N’oubliez pas que chaque cas est unique.

 

Voici, résumés très brièvement, quelques avantages et inconvénients de la vie que j’ai choisi de mener (tout n’est pas toujours au beau fixe !) :

 

Domaine Avantage Inconvénient
Santé Il s’agit d’un mode de vie très sain. Je peux récupérer à mon rythme après une longue journée, parfois pénible, en selle. Je dors mieux et, mon cerveau étant mieux irrigué, mon rendement n’en est que meilleur. Personne n’est à l’abri d’un ennui de santé ; il faut donc soit souscrire une assurance santé pour assurer le remboursement des frais, soit mettre de l’argent de côté pour faire face aux éventuelles situations de crise.
Activité physique Faire du vélo constitue une activité physique en soi. Par ailleurs, il m’arrive très rarement de séjourner dans des endroits où il m’est impossible de faire mes étirements matinaux. Certains mouvements que je faisais tous les matins nécessitant un matériel lourd (poids), j’ai dû les remplacer par d’autres exercices pour faire travailler les muscles concernés. Et pendant les périodes où, pour raisons professionnelles, je dois rester longtemps sédentaire, je fais très attention à mon régime pour éviter de grossir. Je me ménage également des parcours ponctuels à vélo pour garder la forme.
Régime alimentaire À force d’essais, je pense être arrivé à un bon équilibre alimentaire. Bien s’alimenter semble plus facile en Europe qu’aux États-Unis.

J’essaie de faire ma propre cuisine chaque fois que je le peux.

Pas moyen de suivre son évolution pondérale de manière quotidienne.

On est amené inéluctablement à manger à l’extérieur. Il s’agit de faire très attention pour éviter tout dérapage.

Aspects vestimentaires De nos jours, le style décontracté prévaut partout. Même en tenue de sport, je me fonds très facilement dans la foule. J’aimais bien m’habiller en costume-cravate. Au départ, je voulais emporter dans mes bagages des vêtements plus habillés, mais tout cela prend bien trop de place.
Lessive Les combinaisons cyclistes étant en Lycra®, je peux me rendre tous les 3 ou 4 jours dans une laverie pour réaliser un cycle de lavage, ce qui ne revient pas très cher au final. Sinon, j’ai toujours de quoi laver mon petit linge dans le lavabo de l’hôtel ou de la chambre d’hôte où je séjourne. Malheureusement, les laveries ne sont pas omniprésentes et le séchage du linge lavé à la main peut poser problème en hiver.
Relations amicales J’aime la solitude. J’aime la vie simple et spartiate que je vis sur la route. Mais j’essaie également de prévoir des escales chez des amis, des parents, voire des collègues ou des clients, sur le chemin. Malgré tout, la solitude me pèse parfois. Je ne suis pas triste, mais souvent conscient de l’impossibilité de forger de nouvelles amitiés lorsque l’on se déplace sans arrêt. Je fais tout pour garder le contact avec mes amis existants.
Noël et autres fêtes J’adore découvrir des endroits que je ne connaissais pas et partager cette expérience avec de nouveaux amis. Ne faisant plus partie du monde de la grande consommation, je peux gérer ma vie en dehors des périodes de pointe. Pendant deux ans, j’ai arrêté d’envoyer des cartes de fin d’année. Or, ces cartes étaient l’occasion de donner signe de vie à mes proches. J’ai donc décidé de renouer avec la tradition et de cosigner un message annuel avec mon fils.
Gestion du temps Mon calendrier étant moins chargé, la gestion du temps s’avère plus facile. Il est toutefois difficile de programmer les visites médicales et dentaires qui s’imposent. On y arrive mais non sans mal.
Vie sociale et paroissiale Il y a des églises partout. Il suffit d’y entrer et on est accueilli à bras ouverts. Il m’arrive même de chanter avec les chœurs. Je ne peux jamais vraiment m’intégrer dans la vie sociale et paroissiale des endroits où je ne suis que de passage. Je dois souvent faire l’impasse sur des événements auxquels j’aurais voulu assister.
Accueil J’ai eu le privilège de rencontrer beaucoup de personnes et de bénéficier de leur générosité et de leur bon accueil. Tous ces individus, amis ou inconnus, m’ont énormément apporté. Je ne suis pas en mesure de leur rendre la monnaie de leur pièce.

Ce n’est pas une question d’obligation, simplement j’aimerais beaucoup pouvoir les accueillir chez moi.

 

Quelle est la conclusion que j’en tire ? J’adore vivre en selle et espère pouvoir continuer longtemps ainsi. Je ne suis pas à la retraite et dois donc jongler entre mes obligations professionnelles et mes déplacements personnels. Mais tout cela fait partie intégrante de l’aventure !

 

Jonathan T. Hine, « traducteur indépendant en roue libre », est docteur ès lettres et traducteur agréé (italien > anglais). Il a traduit son premier livre, The Struggle against Blindness (La lotta contro la cecità ou La lutte contre la cécité) de Luciano Moretti, à peine neuf ans après avoir chevauché son premier vélo. Au cours de ses études universitaires, pendant son service militaire dans la Marine et tout au long de sa carrière d’administrateur d’université, il n’a cessé d’exercer en parallèle des missions de traducteur et d’interprète. Écrivain et traducteur à plein temps depuis 1998, il opte dès 2013 pour une vie en selle. Outre la traduction, il gagne sa vie grâce à des ateliers professionnels sur la gestion des affaires et l’organisation du travail et à la rédaction d’articles et de manuels pratiques pour travailleurs indépendants. Il intervient régulièrement dans des conférences sur la traduction et en tant que correcteur pour le compte du service des examens de l’Association américaine des traducteurs (ATA). Dans son blog, il passe en revue les défis auxquels est confronté celui qui choisit une vie de travailleur nomade. Pour visiter son site web, cliquez ici.

 

French is Alive and Well and (Even) Living in English

By Jacques Saleh

For all the relentless drumbeat, if not frenzied alarm, in the French-speaking world (as often witnessed on numerous French-speaking talk shows), to counter or curtail the seemingly inexorable onward and forward march of English worldwide, and for all the alarmed French and Francophile luminaries, grandees and pundits who feel that the French language is under siege by the Anglo-Saxon (or Anglo-American) linguistic onslaught, it behooves us to reassure those rearguard French and Francophonie defenders that all is not lost, and that in the spirit of cross-cultural comity and cross-linguistic camaraderie, French is still alive and well and living in English.

Perhaps it hasn’t seeped into the foundational structure of English as much as Frisian and other Germanic offshoots such as Dutch, Scandinavian or German, but English still seems to have more clearly recognizable Gallic terms in its lexicon than other Germanic languages, which over the years have morphed away—in often unrecognizable fashion—from their Teutonic roots. If, for instance, you join the British or U.S. military (militaires) or army (armée), at whichever echelon (echelon), from the humble soldier (soldat) to the sergeant, colonel, general, or admiral, you may think you have joined the ranks of the French military.

And to add a bit of bonhomie to the whole competitive linguistic shebang, the French and Germanic or Proto-Germanic languages have peacefully coexisted in an ongoing détente within English, with English providing the basis for this ideal and idyllic rapprochement. In other words, English may have accomplished the near-utopian feat of making the French and Teutons gentle bedfellows, at least linguistically.

By italicizing French-rooted or French-influenced words in English below, we will notice more vividly how French is intrinsically ingrained in the English language. And if we review the text above, a French-speaking sleuth a bit versed in etymology (NB: while Greek, the word “etymology” took this form through the French “étymologie”) could easily count more than a few dozen words with French ancestry, influence or affinity. Some (including frenzied, counter, curtail, march, vigorously, defend, languages, rearguard, competitive, peacefully, accomplished, feat, gentle, instance, and join) represent different alteration degrees of the French words frénésie, contrer, tailler, marche, vigoureusement, défendre, langues, arrière-garde (itself an alteration of the Old French rereguarde), compétitif, fait, gentil, instance, and joindre. Others are plucked wholesale and with seemingly little compunction from French, e.g., words like détente, camaraderie, bonhomie, rapprochement and the like.

This article is not meant to give a statistical or scientific representation of French within English, especially with a limited textual sample (Old French “essample”), but to show that one can write English using a copious dose of French-influenced or French-originated words, even if their semantic and formal iterations have deviated from current or even Old French. But this would be no different from Canadian French using French terms that are uncommon in France, or modern French in France being quite different from Old French but still influenced by, or derived from, it. Languages do not remain static, and whether the French words that seeped into English were quite different semantically and formally from their modern configuration does not negate the fact that their origin is French and that English has a solid French linguistic identity in conjunction with its Teutonic one.

If the Anglo-Saxons resent this “foreign” influence, they would then be using a French-rooted word (“ressentiment”) to express their feelings, or they could hate it, in which case they would be using a German-rooted or Dutch-rooted term (“hassen” or “haten”). It will be up to them to express any xenophobic or perhaps bigoted sentiments against this reality, but if their resentment pushes them to extirpate only French-rooted words from the English language, English would become so different as to become another language and would no longer qualify as English. As things stand, it won’t be an easy task to extricate English from French encroachment, or for that matter, from its Teutonic manifestations. If it were, English would have a major identity crisis and would cease to exist. To prune the Teutonic-Gallic branches and roots from the English tree will be akin to uprooting and killing that tree. Ergo, RIP English.

While the nuts and bolts of English are infused with Teutonic-originated terms, which permeate its building blocks of prepositions, adverbs, conjunctions and pronouns, French suffuses its superstructure, so to speak, including many terms used in the military, law, economy, finance, religion, and politics, among others.

And speaking of the military, the Brits conquered a good chunk of global real estate and built their empire with plenty of help from the French—that is, French words. They had these French-rooted terms to help advance their colonizing or expansionist ambitions: the army and navy, along with their assortment of generals, colonels, admirals, lieutenants, sergeants, corporals, and soldiers. And to this end they used troops, the infantry, and cavalry, in addition to the artillery. They also used battalions, brigades, and squadrons. 

And to advance their objectives and promote and consolidate their newly established regime, the occupiers did not hesitate to use search and destroy missions to tame any recalcitrant elements of the populace, nor did they fail to use surveillance, reconnaissance missions, espionage intrigues, spies, guards, sieges, and logistics, all the way down to the lowly latrine.

After setting their expansionist designs on a region, they applied or established their laws and rules, again with much help from the French language, introducing in the process French-rooted terms like contracts, felonies, crimes, courts, tribunals, judges, jury, bailiffs, plaintiffs, defendants, attorneys, cases, bails, paroles, summons, claims, complaints, pleas, pleadings, petitions, motions, briefs, requests, appeals, jails, and prisons, among many terms that could almost fill an English legal dictionary. This gave the illegitimate presence of the colonizers a semblance of normalcy and legality that might have helped them further subdue and control the local populace by instilling a whiff of legitimacy, accompanied by a firm dose of law and order, to their conquest.

Naturally, for further appeasement and other self-serving purposes, the new victors probably wanted their newly vanquished communities and societies to enjoy a humming economy. Such economy would assist those victors in better managing their own affairs while profiting even more from the existing spoils by rendering the latter more productive than from the simple plunder of limited or unsustainable resources. 

With such a symbiotic or collaborative arrangement with the indigenous peoples, the victors’ ruling classes and elites, along with their acolytes, would theoretically enjoy a greater level of prosperity and riches, some of which is allowed to trickle down to appease the oppressed masses by easing their economic and financial burdens, hence inducing them into continuing collaborative comportment. In this instance, the reasoning of the conquerors might be that the robust economy should serve as the opium of the politically oppressed people in the way religion played that role for those who championed the cause of the proletariat.

The above examples should suffice for now to give sufficient credence to the present thesis and, by extrapolation, should point to the clear etymological and historical evidence that seems overlooked by all those alarmist French language Cassandras and other linguistic doomsayers who think that languages, especially theirs, are or should be immutable.

Instead, the Gallic doomsters might as well stop panicking and stressing over this issue, and for that matter they might as well vicariously enjoy the English language (French-Teutonic to a large extent) triumphs without undue compunction, mindful of the fact that the English language’s French ancestry is well-established. They should also be mindful of the humbling fact that, for all intents and purposes, all present living languages will eventually sink into Latin-like or ancient Greek obsolescence and will succumb to the inevitable and dire fate of linguistic extinction.

Thus, the Gallic doom and gloom merchants and sundry linguistic fearmongers could join the ranks of those who take a grander and more relativistic and historical view regarding the transience of languages, or of life for that matter, and they could in particular tone down a notch their strident anti-Albion protests once they realize that French will be riding on the coattails of the English juggernaut for the foreseeable future.

In this case, it bears repeating that those with French predilection who are still contesting the current linguistic status quo might as well vicariously enjoy the English language advances, as they should be comforted by the fact that English has historically and to a large degree embraced, assimilated and absorbed French, which played, along with Teutonic linguistic offshoots and to some extent Latin, a predominant role in its inception.

Therefore, once we consider that English has a distinct, significant, recognizable, and manifest French identity, the relationship between the two languages should no longer be regarded as a zero-sum game, as some alarmist Francophile pundits would like us to think, but rather one of lineage and pedigree, or of parentage and identity, which in turn entails that French is not only alive and well for the French-speaking people, but also living in English. Thus, French can legitimately share in the successes of English and celebrate its triumphs.    

[Editor’s Note: What are your thoughts on the influence of English on the French language, and vice versa? Any amateur (or professional!) etymologists out there? Please join the conversation by liking or sharing this article along with your comments on Twitter, Facebook, or LinkedIn.]

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Jacques Saleh, PhD is an ATA-certified Arabic-to-English translator with more than 20 years of experience translating from Arabic to English and French to English. He holds a doctorate degree in philosophy from the City University of New York and a BS and MBA from New York University. He has taught translation, philosophy, and humanities courses both in the United States and abroad. You can find him on Twitter at @textoubli or contact him through his website.

À Propos: Book Review – Le Livre des Baltimore

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Je regarde regulièrement « La grande librairie », l’émission de François Busnel sur TV5 Monde. Ce journaliste invite des écrivains qui viennent de sortir un livre, de gagner le Prix Goncourt, etc. J’avais donc déjà vu Joël Dicker parler de son dernier roman, qui m’avait semblé intéressant.

Apparemment, Dicker est devenu une célébrité après avoir publié son premier roman (« La vérité sur l’affaire Harry Quebert »), paru en 2012. Ce grand succès en librairie, alors que son auteur n’avait que 27 ans, avait fait l’admiration de tout le monde. Peut-être pas tout le monde cependant, car dans Le Monde des livres, Eric Chevillard donne un avis non edulcoré à propos de Joël Dicker :
« L’ombre de Philip Roth plane au-dessus de cette laborieuse entreprise romanesque. Joël Dicker croit réécrire Pastorale américaine (Gallimard, 1999), mais il nous donne plutôt un nouvel épisode du Club des cinq honorablement troussé. »

J’ai la chance d’avoir une très bonne amie française qui me prête toutes sortes de livres. On échange des bouquins tout le temps. Nous sommes toutes les deux des lectrices toujours avides de bonnes lectures et constamment en quête de nouveautés dont nous espèrons nous régaler. Elle m´a donné cette fois, non pas le premier roman de Joël Dicker, mais Le Livre des Baltimore, paru l’année dernière. Je n’en attendais pas trop car je prefère les livres français qui me parlent de la France et de ce qui se pase en France, plutôt que la lecture d’un écrivain suisse francophone écrivant sur la Nouvelle Angleterre et l’Amérique. Pour cela, je prefère des Américains comme Jonathan Franzen ou Jeffrey Eugenides, ou même John Fante, qui est un grand écrivain.

Mais Joël Dicker a vécu et étudié aux États-Unis et connaît bien les endroits dont il parle dans son roman. Il est capable de créer un roman crédible qui est une espèce de polar. Ce n’est pas un « roman de plage », comme les trilogies de Katherine Pancol. Joël Dicker, lui, cultive le « Thriller ».

Grande a été ma surprise parce que l’histoire est vraiment intéressante et que Dicker sait très bien maintenir le suspense jusqu’à la fin. J’adore les livres qu´on a du mal à laisser de côté avant de s’endormir le soir. Celui-là en fait partie. J´ai donc décidé de chercher son premier bouquin et de le lire aussi.

J’ai toujours une longue liste de livres à lire, cela me permet notamment de maintenir mon niveau dans les langues que je connais. Je trouve que la lecture aide beaucoup à ne jamais perdre de vue la beauté et la saveur des mots. Le travail quotidien de la traduction de textes techniques arides et sans âme tétanise un peu nos sens. Parfois, j’ai même besoin d’un peu de poésie, mais pour cela, je lis en espagnol. D’autres fois, je copie et je collectionne des lignes particulièrement belles qui m’ont fait chaud au cœur et que je ne veux jamais oublier. La bonne lecture est très enrichissante, on traduit mieux, on découvre de nouveaux mondes, des modes de vie, des moeurs différents, etc. Le livre est une fenêtre ouverte sur les complexités intérieures et extérieures de la vie des gens. Mais je digresse.

Joël Dicker raconte une histoire de famille, en particulier le lien entre les cousins avec lesquels le protagoniste a fondé le « Gang des Goldman ». Au fil des flashbacks, le roman se construit autour d’un mystérieux « drame », qui forme le cœur de l’histoire. Des « twists and turns », il y en a beaucoup.

Il y a eu un bref échange sur la page Facebook de l’ATA French Division en ce qui concerne le style d’écriture de Dicker. J’ai vu des commentaires sur son « American feel ». Quelques-uns pensent que son français semble avoir été traduit de l’anglais. Je crois que Dicker est un auteur multilingue, comme beaucoup de Suisses, d’ailleurs. Peut-être que cela exerce une certaine influence linguistique sur son écriture, c’est possible. Ce n’est peut-être pas de la grande litérature, mais c’est incontestablement une lecture agréable et vivante, je dirais même dynamique.

Anamaria Argandona

Anamaria Argandona is an English & French into Spanish translator. She can be found on Twitter at @translates or www.spanishtrans.com.

À Propos: Du bon usage de la gymnastique en traduction

ata-fld-newsletter-logoIl est des événements qui tombent à pic. À l’été 2015, l’atelier d’écriture et de rédaction « On  Traduit à Chantilly », #OTRAC , fut l’un d’eux.
La promesse était alléchante, le résultat, remarquable.

« On Traduit à Chantilly », c’est révéler un tout nouvel univers, garni de voltiges syntaxiques. Mais c’est aussi évoquer ces choses que l’on connaît, sans savoir qu’on les connaît. Ces habitudes inconscientes, ces pirouettes instinctives, ces intuitions de traducteur.

« On Traduit à Chantilly », c’était aussi un vrai bol d’air pur. Une idylle de trois jours avec des traductions élégantes et percutantes, où l’on manie les mots avec adresse et gourmandise.

« On Traduit à Chantilly », c’est surtout, désormais, une furieuse envie d’exercer ma plume, ou plutôt mon clavier, sur des textes de haute volée.

Si vous me demandiez d’évoquer une seule astuce, parmi les innombrables enseignements de ce séminaire, voici ce que je vous répondrais :

Soyons créatifs et intrépides, souples et agiles.
Revêtons nos tenues d’équilibristes de la traduction.

Marc Lambert m’a ouvert les yeux sur un exercice qui ne nécessite ni barres parallèles ni cheval d’arçons, mais qui fluidifie et enrichit une traduction (l’usage de la barre fixe est un plus, au moins pour garder le cap).

Partant du principe que le français est une langue de référencement et de liaison, contrairement à l’anglais qui multiplie les « and », Marc nous propose d’éviter les cascades de « et » pour structurer le propos.

Pour ce faire, on peut utiliser des synonymes neutres (ainsi que, de même que), scinder la phrase, ouvrir une parenthèse, insérer une liste à puces, procéder à des regroupements logiques, etc.

Je rectifie ma position. Je redresse le buste. Je respire pour assurer une belle amplitude au mouvement. Puis, je me lance et soigne ma réception, avec un exemple anglais proposé par Marc :

« I had settled in Winnipeg for good and my Belfast partners were now in their 70s and decided to go back to Ireland, and then I was on my own, » said John Delfour with a measure of regret. »

Voici ma pirouette traduction :
« Alors que je m’étais définitivement installé à Winnipeg, mes compagnons de Belfast, désormais septuagénaires, décidèrent de retourner en Irlande. Je restai donc seul », regrette John Delfour. »

La gymnastique n’est pas si acrobatique, n’est-ce pas ?
Tout est question de souplesse.
Le traducteur, cascadeur de la syntaxe ?

Marie Girardin

Marie Girardin, traductrice-acrobate EN>FR (communication d’entreprise et marketing ; protection de l’environnement), installée en Bretagne.

 

À Propos: La crème de la crème à Chantilly !

ata-fld-newsletter-logoCette année, l’édition européenne de « On traduit à » … réunissait plus d’une centaine de professionnels de la traduction venant notamment de la France, de la Belgique, du Royaume-Uni, de la Suisse, du Canada et des États-Unis et près d’une dizaine de formateurs chevronnés et passionnés. C’était un rendez-vous annuel où les domaines de spécialisation (droit, finance, médical, marketing, communication, etc.) n’avaient plus de frontières. Un seul but : monter la barre encore plus haut!

Chaque participant est reparti non seulement avec un bagage riche en connaissances et en nouvelles astuces, mais aussi avec une multitude de souvenirs de moments magiques partagés avec de nouvelles amitiés tissées soit à l’occasion du pot d’accueil (où l’on pouvait y savourer de délicieuses gourmandises dont les macarons au foie gras), soit autour de bonnes tables dans le cadre enchanteur de l’hippodrome de Chantilly, dans les jardins florissants du Potager des Princes ou dans l’ambiance festive – où fous rires fusaient de toutes parts – de La Cour pavée.
Style et élégance! Voilà qui résume On traduit à Chantilly.

Rendez-vous l’an prochain… à la Grosse Pomme?

Carine Trudel

Carine Trudel est une avocate et une traductrice agréée qui se spécialise en traduction juridique, commerciale et financière. Visitez le www.traductioncarinetrudel.com.

À Propos: On traduit à Chantilly 2015

ata-fld-newsletter-logoJ’attendais cette première édition européenne de la formation « On traduit à… », organisée cette année à Chantilly » avec une grande impatience et je n’ai pas été déçue. Voici ce que je retiendrai de ce séminaire passionnant.

Le partage : au cours des différentes sessions, les formateurs nous ont présenté leurs astuces, leurs choix de traduction, leur style et leur vision personnelle de notre métier. Lors du traduel (ou translation slam), ils ont accepté de dévoiler leur travail, avec humilité et en assumant des choix parfois audacieux. Toujours à l’écoute des propositions de la salle, ils ont encouragé chaque participant à s’exprimer et à faire part de ses trouvailles. Une table – fort bien garnie – était également à disposition pour présenter les réalisations des participants et laisser ses cartes de visite.

Les rencontres : plus de 100 personnes avaient fait le déplacement, en plein cœur de l’été, parfois depuis l’autre bout de la France, le Royaume-Uni, la Belgique, le Canada ou les États-Unis. Comme toujours, c’est l’occasion de revoir des collègues ou de rencontrer de nouvelles têtes. Les moments de convivialité ont été nombreux et riches d’échanges (et parfois de fous rires !).

L’envie de progresser et d’aller plus loin : de toute évidence, c’est le point commun à tous les participants. Pour ma part, j’ai pu revoir certaines techniques que j’utilise déjà (mais pas systématiquement) et découvrir de nouvelles astuces pour améliorer, au quotidien, la qualité des traductions que je livre à mes clients.

Rendez-vous est pris pour la prochaine édition en 2016 !

Nelia Fahloun

Nelia Fahloun est traductrice juridique et rédactionnelle de l’anglais et de l’espagnol vers le français depuis 2010. Membre de l’ITI, de l’ATA, de la SFT et de l’AITC, elle possède un Master de Traduction et rédaction technique de l’Université de Bretagne Occidentale.

Le présent article a fait l’objet d’une première publication dans le numéro de septembre 2015 d’Au Courant, la lettre d’information de la section française d’ITI.